بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Hadith N°8

عِصْمَةُ الدَّمِ وَالمَال

Rapporté par Ibn ʿUmar (رضي الله عنهما) · Muttafaq ʿalayh · Bukhārī n°25 · Muslim n°22

Ce hadith établit les conditions minimales qui rendent la vie et les biens sacrés selon la Loi. Il traite spécifiquement du contexte des associateurs combattant le Prophète ﷺ à Médine, pas des non-musulmans en général — les gens du Livre et ceux qui ont un pacte sont traités par d'autres textes. Imam al-Nawawī et Ibn Rajab soulignent l'importance de bien contextualiser ce hadith.

عَنِ ابْنِ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ قَالَ: «أُمِرْتُ أَنْ أُقَاتِلَ النَّاسَ حَتَّى يَشْهَدُوا أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللَّهِ، وَيُقِيمُوا الصَّلَاةَ، وَيُؤْتُوا الزَّكَاةَ، فَإِذَا فَعَلُوا ذَلِكَ عَصَمُوا مِنِّي دِمَاءَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ إِلَّا بِحَقِّ الْإِسْلَامِ، وَحِسَابُهُمْ عَلَى اللَّهِ تَعَالَى».

D'après Ibn ʿUmar (qu'Allah les agrée tous deux) : Le Messager d'Allah ﷺ a dit : « J'ai reçu l'ordre de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils attestent qu'il n'y a de divinité digne d'adoration qu'Allah et que Muḥammad est le Messager d'Allah, qu'ils accomplissent la prière et qu'ils s'acquittent de la zakāt. S'ils font cela, ils préservent de moi leurs sangs et leurs biens — sauf par le droit de l'Islam — et leur compte revient à Allah le Très-Haut. »

Source : Bukhārī n°25 · Muslim n°22

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Le rapporteur du hadith

ʿAbd Allāh ibn ʿUmar (qu'Allah les agrée), déjà rapporteur du hadith 3. Son érudition et sa précision dans la transmission font de lui l'un des piliers du savoir prophétique. Il rapporte près de 2600 hadiths.

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Explication du vocabulaire

أُمِرْت umirtu
J'ai reçu l'ordre. Forme passive indiquant un ordre divin.
أُقاتِل uqātilu
Combattre dans un contexte de guerre légitime, pas tuer arbitrairement.
عَصَموا ʿaṣamū
Ils ont protégé, préservé (leur vie et biens de mes atteintes).
بِحقّ الإسلام bi-ḥaqq al-islām
« Par le droit de l'Islam » : exceptions juridiques prévues par la Loi.
حِسابهم ḥisābuhum
Leur compte, leur jugement. Revient à Allah seul.
1

Le contexte historique

Cadre d'application
Ce hadith concerne les associateurs (mushrikūn) qui combattaient le Prophète ﷺ, pas les non-musulmans en général. Les gens du Livre et ceux avec qui il y a pacte relèvent d'autres règles.
Sīra Contexte

La précision essentielle

Les savants ont précisé que al-nās ici désigne spécifiquement les associateurs polythéistes de l'Arabie qui avaient rompu les pactes et combattaient la mission prophétique. Le Coran lui-même distingue clairement les différentes catégories : mushrikūn combattants, gens du Livre, ceux avec qui il y a pacte (muʿāhadūn), etc.

2

Les trois conditions de la ʿiṣma

Trois portes d'entrée dans la protection
Shahāda + Ṣalāt + Zakāt. Ces trois piliers suffisent à rendre la vie et les biens inviolables selon ce hadith.
Arkān Protection

La shahāda seule ne suffit pas

حَتَّى يَشْهَدُوا... وَيُقِيمُوا الصَّلَاةَ، وَيُؤْتُوا الزَّكَاةَ

Le hadith ajoute au témoignage de foi l'accomplissement de la prière et l'acquittement de la zakāt. Cela montre que dans le contexte du premier Islam, l'acceptation sincère de l'Islam se manifestait par ces actes visibles. Abū Bakr (qu'Allah l'agrée) s'est appuyé sur ce hadith pour combattre ceux qui refusaient la zakāt.

3

L'exception par le droit et le compte final

Nuances juridiques
La protection a ses limites (illā bi-ḥaqq al-islām) : crimes graves, apostasie après témoignage, etc. Et le jugement intérieur appartient à Allah.
Fiqh Juridique

L'exception juridique

L'expression illā bi-ḥaqq al-islām (sauf par le droit de l'Islam) renvoie aux cas où la Loi autorise l'application d'une peine : meurtre intentionnel puni par qiṣāṣ, certaines peines prescrites (ḥudūd), apostasie reniée après témoignage. Ces cas sont juridiquement très encadrés.

Le jugement intérieur à Allah

وَحِسَابُهُمْ عَلَى اللَّهِ تَعَالَى

Une fois la shahāda prononcée, nul n'a le droit de scruter la sincérité intérieure. Le jugement extérieur se fait sur les actes visibles, le jugement intérieur relève exclusivement d'Allah au Jour Dernier.

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Règles juridiques extraites

Principes dégagés par les savants
6 règles juridiques et principes sont extraits de ce hadith par les commentateurs.
  • La shahāda, la prière et la zakāt rendent la vie et les biens sacrés
  • Ce hadith ne concerne pas les non-musulmans en général, uniquement un contexte historique précis
  • Les gens du Livre, ceux sous pacte, et les dhimmīs ont leurs propres règles protectrices
  • On ne juge pas la sincérité intérieure, seulement les actes extérieurs
  • Abū Bakr a fondé sa décision contre ceux qui refusaient la zakāt sur ce hadith
  • L'apostasie et certains crimes graves restent des exceptions juridiquement encadrées

🧠 Grille mnémotechnique

1
CONTEXTE
Associateurs combattants
Mushrikūn al-ḥarb
2
3 CONDITIONS
Shahāda + Ṣalāt + Zakāt
ʿIṣmat al-damm wa-l-māl
3
ALLAH
Le compte revient à Lui
Ḥisābuhum ʿalā Allāh